the smile expedition

15 novembre 2010

Semaine 1/4


L’Automne pointe déjà son nez et l’été nous a définitivement tourné le dos. C’est la période que nous avons choisi pour notre thalassothérapie dans le coin le plus méridional de notre vieille Europe, la Mer de Libye. Début Octobre, village de Néapoli à l’extrème sud du Péloponnèse, le Melthem a perdu de sa virulence estivale, nous avons une fenêtre de 4 semaines entre les derniers vents étésiens et les premières tempêtes d’hiver pour rallier en relative sécurité Rhodes via la Crète...

Le clip de l’expé sur Vimeo.

ClipZeusVignette

   

 

 

 

 

 


Tous les commentaires en italique sont de Mika Charavin notre routeur qui rédigeait quotidiennement un billet d’après nos textos. En romain, mon récit paru dans Kayak Mag.


Jour 1 / Jeudi 30 Septembre 2010

Neapoli > Cythère (village de Diakofti)
Distance: 27 km / 14,5 miles
Durée de navigation: 15h50 > 20h50
Vent: Sud 1 Température: 29°

Expédition commencée ! Ils ont quitté les rives du Péloponnèse...

La mise à l’eau s'est effectuée à 16 heures heure locale (17 heures en France), sur la plage de Pounda, à proximité du village de Vinglafia, presque à l'extrémité de la pointe orientale du Péloponnèse. Ils ont décidé de ne pas bivouaquer sur la petite île d'Elafonissos comme prévu mais de continuer et de doubler cette première étape profitant de conditions de vent particulièrement clémentes.

IMG_0014___copie  © T.Puyfoulhoux

Ils ont donc longé la côte orientale de Cythère jusqu'à la nuit (21 heures). Ils gagnent ainsi une journée sur le programme prévu. Autant de temps qui leur garantira une marge supplémentaire pour s'engager dans de bonne conditions dans les plus longues traversées à venir...

Ils devraient être demain soir à la pointe sud de Cythère si tout se passe bien...

L’embarquement pour Cythère

Il est presque 16 h quand nous mettons à l’eau sur cette petite plage de Néapoli à l’extrème sud du Péloponnèse.
Pierre-Étienne, Tristan et moi nous sommes rencontrés sur le forum d’EVO quelques mois auparavant et nous voici enchaînés à la même galère pour au moins trois semaines...
Deux heures maintenant que soleil a cessé d’embraser le Golfe de Laconie. C’est la nouvelle lune, on n’y voit goutte mais nous sentons l’odeur de Cythère: un mélange de bois mouillé et de garrigue. La voie lactée décrit sa grande diagonale vers le Sud-Ouest. Nos étraves déclenchent des feux de Bengale sous la surface et en trempant nos bras dans l’eau, des poussières d’étoiles s’accrochent à nos vêtements. Ce plancton fluorescent ne cessera de nous étonner à chaque navigation de nuit.
Enfin voici Diakofti; sur cette étroite plage, le plancher d’une guinguette d’où sortent des troncs de tamaris blanchi à la chaux sera notre cuisine et notre dortoir. Au loin, des pêcheurs font griller des sardines sur la jetée. Nous retrouvons l’ambiance semi-désertique des Cyclades ainsi que sa végétation: palmiers, lys de mer, scylles maritimes, origan, myrtes, chênes kermès. La pièce est commencée, fin de l’Acte I.


 Jour 2 / Vendredi 1er Octobre 2010

Cythère: Village de Diakofti > Plage de Firi Ammos

Distance: 14 km / 7,5 miles

Durée de navigation: 10h30 > 13h20
Vent: Nord-Est 3 Température: 26°

Sous le charme d'Aphrodite

Vent: NE3, nos trois Ulysse bouclent cet après-midi leur navigation le long de la côte orientale de l'île de Cythère. C'est ici même qu’Aphrodite, déesse grecque de l’amour, des plaisirs et de la beauté, fille de Zeus et d’Océan, née de l’écume, sortit des eaux, avant d’être poussée par le doux Zéphir vers les côtes de Chypre. Son désir d'être la plus belle sera à l'origine de la Guerre de Troie...

IMGP0001copie © P.E.Viguier

 Située à la "confluence" de trois mers (Egée, Ionienne et de Libye), Cythère est étonnement rattachée aux îles de l'Eptanèse (les îles de la mer Ionienne : Corfou, Paxi, Leucade, Cephalonie, Ithaque, Zante...) dont elle est la plus méridionale. Elle ressemble cependant plus à une île des Cyclades par son architecture et son paysage.


Montagneuse, elle bénéficie d'un climat agréable, rafraichie par la brise en été. Elle est une des îles les plus ensoleillées de la Méditerranée ce qui la rend agréable et attirante pendant presque toute l’année.


Peuplée d'environ 3000 habitants, l'île est parsemée de nombreux villages et hameaux, dont les plus grands sont Potamos, Livadi et la capitale, Chora. Cythère reste pourtant une île faiblement peuplée : son environnement naturel est encore bien préservé.

Mais revenons à notre épopée : aujourd'hui, l'équipe a pu naviguer sous voile ; résultat : du 5 km/h sans même pagayer ! Ce soir, ils ont installé les hamacs sous un carbet de palme, à quelques encablures du cap Kapelo au sud-est de l'île. Anticythère, et même la pointe nord-ouest de la Crète, sont en vue. Selon les infos reçues, il fait 26 °C hors de l'eau et 24 dedans ! De quoi laisser rêveur...

Demain, une première grosse étape, loin de toute côte, les attend pour rallier la pointe nord, puis sud d'Anticythère. Pourvu qu'Eole (le maître des Vents) et Poseidon (dieu des mers et des océans en furie) se montrent cléments !

De Cythère à .... Cythère.

Il est 7 heures; des familles de butors s’envolent des palmiers en aboyant comme des chiens. Trois villageois retapent une barque à 20 mètres de notre campement. Au Sud se dessine Anticythère ou nous serons demain.
La tentation est grande de la rejoindre dès aujourd’hui, la pure lumière de ce matin d’automne semble abolir les distances. On se plaît à rêver de ce que ces paysages auraient inspiré à Cézanne et l’on se ravise vite, cette beauté n’a nullement besoin d’être sublimée, elle est là tout simplement et il suffit d’ouvrir les yeux.
Un petit vent de Nord-Est nous permet de nous familiariser en douceur avec nos voiles.
Firi Ammos: notre courte étape s’achève ici. Une longue plage de gravier rouge flanquée d’une petite grotte marine et surmontée d’un carbet au toit de palmes. Comme elle est orientée Est, nous ne profiterons pas longtemps du soleil, il fait 26°.


Jour 3 / Samedi 02 Octobre 

Cythère > Anticythère (Stavroto Bay)
Distance: 46 km / 25 miles
Traversée: 32 km / 17 miles
Durée de navigation: 06h05 > 13h30
Vent: nul puis Sud 1 et 3 Nord-Est

Doublés par des poissons volants !

Thierry, PE & Tristan ont quitté Cythère tôt ce matin afin d'aborder cette première longue traversée sous des auspices favorables. La présence de plancton fluorescent a accompagné leurs premiers coups de pagaies, encore nocturnes. Irréel !


Contrairement aux indications données par les prévis météo transmises, cette traversée de 32 km (entrecoupée par un passage à proximité d'un îlot rocheux solitaire au km ....32) s'est faîte sur une mer calme et sans vent. Nos amis ont donc dû ramer pour couvrir cette distance en 6 heures de navigation.

IMG_038___copie © T.Puyfoulhoux

Bien qu' "appuyant sur les pagaies" pour maintenir une vitesse moyenne de 6 km/h pauses comprises, ils n'ont pu que constater leurs limites lorsque les poissons volants les doublaient... Pas compliqué, me direz-vous, les exocets pouvant atteindre les 60 km/h en vol !

Une fois atteint le cap Kefali, au nord d'Anticythère, le vent a fait son apparition, permettant au trio de "hisser" les voiles pour les 14 derniers km le long de la côte. Selon les propos de PE, ils sont arrivés un peu "lessivés" à cette fin d'étape et bivouaquent à 1 km au nord du cap Apolytarès (pointe sud d'Anticythère).

Les prévis météo de demain annoncent un renforcement sensible du vent. Prendront-ils la mer demain à l'aube pour une nouvelle traversée de 30 km en direction de la Crète ?? Nous le saurons demain soir...

Première grosse étape; nous embarquons de nuit pour tester notre compas lumineux et surtout jouir d’un lever de soleil en pleine mer. Le phare d’Anticythère est bien visible devant nous. À mi-étape, le calme plat nous autorise une petite baignade, de quoi se détendre les jambes et se rafraîchir car il fait très chaud. La Crète, tout en ombre chinoise finit de se dissoudre dans la pâle moiteur qui nous enveloppe. Ce n’est qu’en passant la pointe Nord d’Anticythère qu’un petit 3 beaufort de Nord-Est se lève. La fatigue s’évanouit instantanément quand nous montons les voiles pour longer cette côte Est peu amène mais superbe; murailles de lapiaz acérées coiffées d’une steppe épineuse, royaume des chèvres. Une calanque étroite nous cachant presque entièrement la mer sera notre abri pour 3 jours mais ça, nous ne le savons pas encore. Son enclavement est un atout, elle nous préserve du vent qui ne cesse de forcir. Une rampe de béton couverte de planches nous permet tout juste de nous loger à 3 avec nos bateaux.
Nous nous préparons pour un lever à 5 heures le lendemain. Les murailles de calcaire restituent durant de longues heures la chaleur solaire emmagasinée. À 20 heures il fait encore 26° et nous sommes torse nu quand nous montons en pleine nuit sur les hauteurs pour capter un peu de réseau. Les prévisions SMS de Mika, notre routeur, nous font vite déchanter: du force 4, de face se renforçant les jours suivants jusqu’à 7 Beaufort. Pas raisonnable dans ces cas-là d’entamer une traversée de 32 km; il y a de la grasse matinée dans l’air. Ces trois jours de repos forcé nous permettront au moins de sympathiser avec les insulaires et de nous imprégner de l’ambiance authentique de cette île intacte de parasol et de transat.


Jour 4 / Dimanche 03 Octobre 

Anticythère
Distance: 0 km
Vent: Nord-Est 4

Machine d'Anticythère, dieux jaloux et nymphes impérieuses...

Anti : du grec ancien ἀντί qui signifiait « en comparaison de », « contre », « en face de ». En "fouillant" la géographie hellénique, on trouve 5 petites îles qui, faisant face à de plus grandes, ont pris le nom de leur voisine accolé du préfixe anti : Anticythère, Antipaxos (mer Ionienne), Antimilos, Antiparos et Antikéri (Cyclades)...

IMG_044___copie © T.Puyfoulhoux

Avec ses  175 habitants répartis sur 20 km2, Anticythère est un "trou" perdu au milieu du détroit de Cythère où les divertissements sont probablement réduits. Or le Meltem, ce vent que redoutent plaisanciers et marins-pêcheurs de la mer Egée, souffle sur le détroit ces jours-ci, levant une mer courte et hachée fort désagréable pour le kayakiste... Dans ces cas-là, autant aller consulter la fameuse « machine d'Anticythère », plus vieux mécanisme à engrenage connu (daté de 87 av JC !), sorte de calculatrice mécanique antique permettant de calculer des positions astronomiques...


Nos trois amis ont-ils pris cette option là ou bien ont-ils choisi de prendre la mer ? ?

Gageons qu'ils soient ici plus inspirés et vaillant qu'Ulysse dont l'Odyssée prit ici un tournant fâcheux... : « Mais, au détroit de Cythère, la tempête l’emporte loin des terres connues, dans l’immensité et l’obscurité du Couchant, et, durant dix années, il tombe sous la prise d’humanités divines ou sauvages, de dieux jaloux, de nymphes impérieuses et magiciennes, de monstres et d’anthropophages, pour ne reparaître que seul, toute son escadre anéantie, au détroit d’Ithaque ».

Le Melthem est maintenant bien installé, les rafales se sont transformées en un souffle régulier, promesse toujours tenue d’un beau ciel bleu. Les chèvres viennent tôt le matin s’abreuver dans la crique dont l’eau est par endroit très fraîche et peu salée; une source qui percole sous la surface donne à ce mélange l’aspect d’un sirop de sucre.
Nous sommes à court d’eau. En quête d’un point d’eau, nous remontons vers 16h par une piste à peine dessinée dans la maigre végétation des collines que peuplent quelques lapins.
Forteresse cernée de murailles, l’île est criblée de puits. Ils sont par endroit jusqu’à cinq accolés mais pas de corde et de seau pour y tirer de l’eau. À l’endroit où la piste devient route, se dressent trois maisons; la famille qui vit là nous donne quelques bouteilles sorties du réfrigérateur mais la barrière de la langue nous empêche de leur faire comprendre que nous avons besoin de beaucoup plus.
Nous reprenons nos 7 kilomètres de trajet jusqu’à Potamos, l’unique village. Un pick-up nous prend en stop, direction la maison du garde champêtre qui fait aussi office de traducteur. Ainsi les présentations sont faites.
Nous discutons avec un homme né ici et qui a vécu 15 ans en Australie. Nous faisons le plein d’eau et réservons une table pour le lendemain à l’une des deux tavernes du village. Le vent a encore forci. Retour au camp à la nuit tombante, moitié à pied, moitié en stop.
C’est la période de reproduction des holothuries, elles remontent en masse des profondeurs la nuit venue à la vitesse de 6 mètres à l’heure. Tel Spiderman, elles projettent leur fils collants dès qu’on s’amuse à les toucher. suite >

Posté par puyfoulhoux à 08:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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