Jour 12 / Lundi 11 Octobre 

Plakias > Matala
Distance: 41 km / 22 miles - 7h30 non-stop
Vent: nul puis du Sud-Est 3 chaud et de face dès 14h

Vent dans le pif et mer contraire...

Pire que cela ! Nos trois castors juniors se sont plantés sur la localisation de leur lieu de bivouac de la veille : ce n'est pas à Rodakino, mais à Plakias qu'ils ont monté la tente. La côte étant manifestement plus "basse" dans ce secteur (les montagnes, dans l'arrière-pays, sont beaucoup moins hautes qu'au niveau du parc national de Samaria), l'intérêt de la "nav" s'en ressent. Riri, Fifi & Loulou ont donc eu probablement tendance à moins musarder que sur l'étape précédente...

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Pas trop de bol pour eux car, là où ils pourraient être à l'abri des vents du Nord et bénéficier d'une mer plate, ils trouvent des conditions tout à fait différentes et moins favorables : un flux d'Est balaie la mer de Libye depuis 2 ou 3 jours et lève une mer contraire à leur progression. Le vent pourrait même franchement virer au Sud dès demain ; les trains de vagues seraient encore moins favorables... Mais ne les prenons pas trop en pitié non plus : la température de l'eau oscille entre 24 et 26 °C... On a vu pire !

Après 7 H 30 de navigation (uniquement à la pagaie, puisque vents contraires), ils sont ce soir à Matala, station balnéaire   connue pour ses grottes  néolithiques qui ont servies de repères à une communauté hippie dans les années 60-70, communauté aujourd'hui remplacée par des hordes estivales de touristes (photo) .

Nos 3 castors bivouaquent sur la plage à côté d'anciennes habitations troglodytes et se gavent de giros pita (sorte de sandwich grec)...

Pas de matelas à Matala

Températures caniculaires. Ayant rallongé encore une fois notre étape, nous sommes contraints de passer la nuit à Matala que nous voulions à tout prix éviter; temple du tourisme cosmopolite et invasif. Le sable est sale, mélange de poussière et de mégots. Les fameuses tombes troglodytes mises un temps à la mode par les hippies et toujours montrées de loin et sous le même angle dans les guides touristiques afin de cacher les constructions qui envahissent la plage, sont saccagées et sentent la pisse. Nous sommes piégés.
L’endroit se vide dès 17h, chacun retournant à son hôtel ou son bus.
Sur la plage, quelques vieux babs viennent saluer le soleil qui disparaît derrière l’Île de Paximadia. Pas de coin tranquille pour cuisiner, va pour le restaurant le plus proche afin de garder un œil sur nos kayaks. Le patron fatigué par sa saison et un régime hyperlipidique commencé il y a des lustres, arrive en traînant la savate. Refroidis par ce que nous entrevoyons des cuisines, nous commandons le minimum, trois salades et allons finir notre repas avec des gyros pitas (le kebab grec) assis sur des transats qui nous serviront de lit cette nuit.


Jour 13 / Mardi 12 Octobre
Matala > Lentas
Distance: 29 km / 15,6 miles - 8h05 > 13h45
Vent: Est-Sud-Est 3 chaud

Mais si jamais Mélissa sait ça Là, c'est moi qui vous tue...

Ce soir, grosse polémique au sein du groupe... Ce fut à propos du bivouac... Il y a d'abord eu Thierry qui voulait dormir à la belle étoile, sur le sable de la plage de Lendas : rien à préparer, rien de plus simple que la rusticité d'une nuit passée à même le sol... Mais Tristan n'était manifestement pas tout à fait de cet avis : ça n'est pas confort, et en plus, avec le vent qui souffle toute les nuits depuis quelques jours, c'était pour lui le meilleur moyen pour "bouffer" du sable ; il a donc tendu son hamac entre deux tamaris. Quant à PE, à la vue des lourds et sombres nuages qui s'accumulaient ce soir sur l'horizon sud, il a carrément préféré monter sa bâche, car il n'a pas oublié la pluie qui s'est abattue toute une nuit sur le campement, 2 ou 3 jours auparavant... Bref, ce soir, chacun son bivouac...


À part ça, tout va très bien. La journée fut plutôt réussie, malgré un petit vent continuellement de face : un soleil intense, 5h40 de navigation par une température de l'air de 28 °C...

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La côte, entre Matala (le bivouac précédent) et le cap Melissa (...métisse d'Ibiza, A des seins tout pointus...), compte de magnifiques grottes, dont une de 50 m de profondeur. Parfait pour aller se mettre les idées au frais quand le soleil tape trop fort...
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Ce soir, Nif-Nif, Naf-Naf & Nouf-Nouf (et oui, toute cette intro stupide sur cette prétendue polémique  n'était là que pour introduire un nouveau trio bien connu, les 3 petits cochons... D'ailleurs et à ce propos, si vous avez d'autres idées de fameux trios, laissez des messages sur le blog, je commence à être un peu à court...

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Quant à vous Nif-Nif, Naf-Naf & Nouf-Nouf, gare à ne pas croiser les 3 grosses cochonnes, on vous surveille...) font face au célébrissime Rocher de l'Eléphant... Bon là, amis lecteurs, je suis totalement d'accord avec vous... Il doit vraiment falloir y passer des heures à contempler ce cailloux pour finalement y voir un éléphant...

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Un bout d’Europe à la latitude de la Tunisie

Il suffit de sortir de la petite baie de Matala en allant vers l’Est pour retrouver calme et sérénité.
Sans ce petit vent la chaleur serait étouffante. L’air est moite, la lumière laiteuse. Splendide Cap Lithino, sauvage et préservé. Nous sommes par 34°54', à la latitude du désert Tunisien.
Après Kali Limenes, la route longe de nouveau la côte entre les serres et les plages. Le soleil a du mal à percer ce ciel de craie. Un front chaud s’avance; fatigués des jours précédents, nous écourtons notre journée à Lentas face au rocher de l’Éléphant, village de poupée et plage miniature. Une houle venue d’Afrique donne à cette Mer de Libye des airs d’océan, nous sommes ce soir à l’extrême sud de l’Europe. Il est 13h45 et nous avons grand besoin de repos. Tristan part chercher de l’eau au village. Les trois jours de retard pris à Anticythère sont pratiquement rattrapés. Des pipits cherchent leur pitance dans les tamaris. Vient le soir; des familles allemandes, ce sont leurs vacances d’automne, rentrent des plages, les enfants animent les ruelles; on dirait l’été. Même si l’on trouve comme partout, restaurants et chambres à louer, Lentas est restée simple et authentique. C’est notre coup de cœur de ce voyage.
Re-re-resto: Taverna Porto Lenta: le couple de patrons est souriant et attentionné; la terrasse touche la plage du village que rongent les déferlantes. Nous prenons des plats au hasard; tient, des asperges sauvages! Souvent le dessert est offert: du yaourt grec nappé de confiture de rose et raki.

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Jour 14 / Mercredi 13 Octobre   
Lentas > Agios Nikitas
Distance: 30 km / 16 miles - 6h de navigation non-stop
Vent: nul puis Est 1, houle de 1,5m

Panorama fantomatique et minéral, ciel laiteux, une mer vide de bateaux, d’oiseaux et de poissons. Une brise tiède accentue cette impression d’irréalité. Il fait 28°, moite. À part de nombreux scylles maritimes rien pour nous de connu dans cette végétation épineuse qui se bat contre les cailloux. Parfois quelques maigres bosquets de pins. De ce massif de l’Asterousia émane une ambiance de Moyen Atlas. Les abris sont rares, les dix derniers kilomètres de paysage semblent morts, impressionnants et beaux néanmoins.

Nous passons près d’immenses grottes que le ressac des hautes falaises nous interdit d’approcher. Dans l’air saturé d’humidité, l’écume soulevée par les brisants se vaporise avant de se dissiper lentement. Au sortir d’un canyon, le monastère d’Agios Nikitas et sa palmeraie ceinturés de murs blancs est une oasis perdue qui rompt momentanément la menaçante sécheresse du paysage.
Dans cette mer hachée, nous perdons un moment Tristan de vue, les sifflets sont inopérants et la corne de brume au fond d’un caisson. Enfin une petite baie ou la houle semble s’atténuer. Nous tendons nos bâches entre de gros blocs car il tombe quelques gouttes. Un crâne de chèvres orne la plage, un mouton, mechoui en sursit, nous bombarde de pierres du haut de la falaise.

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Jour 15 / Jeudi 14 Octobre

Agios Nikitas > Kastri
Distance: 11 km/ 6 miles - 3h
Vent: Est 2
À 7h du matin, il fait 27°

Le "Charles de Gaulle" encore bloqué en rade de Toulon

Les affaires reprennent... Avant hier, pas de communication avec les Bad Boys, et hier, c'est le blog-mestre qui a décidé de faire grève pour revendiquer une retraite à 40 ans (pour lui, c'est pour bientôt... Thierry, tu es déjà en droit d'exiger de tes jeunes coéquipiers qu'ils te tractent pendant les navs... non, mais !).

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Revenons un peu en arrière :

Ce matin, Atos, Portos & Aramis, aux prises avec d'épaisses brumes de chaleur, bouclaient une étape "déserto-fantomatique" (selon leurs propres mots) débutée la veille, sur les côtes du petit massif montagneux d'Asteroussia.

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À la pause médiane, et pour l'approvisionnement, ils ont eu la mauvaise idée de stationner au petit village de Kastri : là, des gardes-côtes les ont obligés à rester "à quai" pour cause d'une prévi météo des plus "marseillaises" (soit disant du 6 Bf, alors qu'ils constataient l'absence totale de "mer" - cad de vagues - sur le terrain - cad la mer... Vous me suivez toujours ??)


Un zèle étonnant de la part des autorités grecques qui, d'après nos expériences kayak passées sur les côtes helléniques, ne sont en principe pas très regardantes sur les conditions de navigabilité et de sécurité de nos frêles esquifs, c’est pour ça qu’on les aime...

Bref, à l'instar d'un "Charles de Gaulle" encore bloqué en rade de Toulon (ceux qui ne me suivent plus... suivez l'actualité !), nos 3 mousquetaires sont restés bloqués en rade de Kastri hier aprem... Village "pas glop", air étouffant et humide, à 30 °C disait leur message... Hé oh, ils ne pensent quand même pas qu'on va les plaindre, hein ?! 

Lever tôt, bateau, resto

Nous n’avons plus de vivres, il nous faut nous arrêter à Kastri, petit village sans attrait mais dont le port nous permet un débarquement à l’abri des vagues qui harcèlent le rivage. Ravitaillement dans une petite épicerie. Nous négocions avec vaillance une réduction sur la note qui est salée, le caissier nous offre finalement 6 bananes et du raisin. Une séance resto de plus sur le port, patrons souriants et prévenants mais repas très moyen. Il pleut et il fait lourd, 27°. Un garde-côte, commissionné par son supérieur qui ne parle pas anglais et trop fainéant pour nous sermonner lui-même, vient nous prévenir que du force 4 d’Est est annoncé dans l’après-midi. Il nous annonce de plus qu’en Grèce, la navigation des kayaks n’est autorisée qu’à moins de 500m du rivage et uniquement de jour. Il nous demande de passer prendre la météo demain matin à partir de 7h avant de prendre la mer. Nous acquiesçons servilement, demain à 7h nous espérons bien être loin d’ici. Il est 14h, il fait maintenant 30° et très humide.
À 19h tout est rangé dans les caissons. Le petit déjeuner déjà dans les bols pour ne pas perdre de temps afin de passer devant les bureaux des garde-côtes avant le lever du jour. Les hamacs tendus à 50 cm de la route, réveil réglé pour 5h30. Nous nous endormons dans l’odeur enivrante d’un arbre inconnu, mélange de miel et d’encaustique.


Jour 16 / Vendredi 15 Octobre 

Kastri > Kalo Nero
Distance: 60 km / 32 miles - 9h30 non-stop
Vent: Ouest 3 puis Ouest-Sud-Ouest 4

Ça pousse fort dans le dos...

Un post rapide (il est samedi 2h du mat, ni frisson, ni claquements de dents, encore moins de montée de son ! Juste envie d'aller faire dodo...) pour vous annoncer que nos 3 mercenaires (y a qu'à dire que les 4 autres sont morts dans la bataille...) se sont levés tôt, très tôt même ce vendredi : 5h 30 du mat.


 Le vent d'ouest qui souffle maintenant sur la Crète est des plus bénéfiques pour une progression rapide. Nos 3 lascars ont donc pu "dégainer" l'arme fatale : les voiles évidemment, qu'ils ont utilisé sur la moitié de l'étape du jour...

Ça pousse aussi fort dans le dos côté vagues. Une mer qui leur a permit de "partir au surf" à diverses reprises et à des vitesses incroyables de 12 à 14 km/h (c'est à dire une vitesse double de celle d'un pagayeur qui appuie fort sur les pales de sa pagaie)...

Résultat de la journée, malgré un temps quelque peu à la pluie : 60 kil en 9h30 de navigation !!! Chapeau bas, messieurs !! Et comme cerise sur le gâteau, l'observation d'une tortue verte...

Ce soir grosse fatigue et gros dodo programmé. Ils ne devraient cependant pas s'endormir sur leurs lauriers s'ils ne veulent pas louper une fenêtre météo favorable à la traversée du détroit de Kassos, fenêtre qui ne devrait pas rester ouverte bien longtemps...

Emportés par la houle...

Une houle arrière nous offre de beaux surfs. Nous essuyons plusieurs grains; après chaque ondée l’air s’emplit d’odeurs de terre mouillée et de pin. Que de journées pluvieuses, inexorablement l’automne avance ses pions. La fin de cette étape, vers Agios Fotia, ressemble à notre Estérel: roche rouge, pinèdes et villas. C’est la partie la plus habitée de notre voyage.
La journée s’achève tout de même sous le soleil dans une petite anse bien fermée, de basses falaises de poudingue, une poignée de tamaris et de jolis galets de serpentine verte. Après le repas pris sur la plage, une carafe de vin blanc à la table d’une taverne réconforte les marins. C’est vendredi, les locaux rôtissent l’agneau à la broche.


Jour 17 / Samedi 16 Octobre

Kalo Nero > Vái
Distance: 51 km/ 27,5 miles - 9h
Vent: Ouest-Sud-Ouest 3 puis nul

Avancer vaille que "Vai"

Plus de nouvelles depuis 48 heures... Mais que fait le blog-mestre se disent les impatients ??? Pétitionnons pour réclamer des actus quotidiennes et pas à des heures impossibles !!!

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 Ça va, ça va, je me mets au boulot... Revenons donc sur ce week-end... Alors, selon vous, farniente le long des plages sablonneuse de Crète ou passage en mode turbo ???


En dépit d'une météo variable, les températures sont douces, et surtout les vents et la mer sont, ce jour encore, arrières. Plus important encore, le routeur annonce la fin, sous peu, d'une bonne fenêtre météo pour tenter la traversée entre la pointe orientale de la Crète et la petite île de Kassos. Hors, la présence de cette fenêtre est primordiale pour s'engager sans trop de risques sur ce qui est le point clé du voyage, the "crux" de l'expé. En effet, ce détroit est probablement le plus venté de toute la mer Egée, elle-même bien plus ventée que ses voisines : les vents du nord s'engouffrent ici entre la Crète et les îles du Dodécanèse et s'accélèrent encore par effet venturi... Autre aspect non négligeable, ce détroit n'est pas si étroit que cela pour des coquilles de noix tel que des kayaks, puisqu'il fait, à minima, 49 km de large... Une distance qu'aucun de nos 3 kayakistes n'a encore franchi loin de toute côte. L'enjeu est donc de taille...


Quoiqu'il en soit, nos amis ont donc pris l'option de ne pas lever le pied afin de garder toutes les chances de pouvoir traverser le détroit au plus vite et dans l'espoir de pouvoir bénéficier des conditions particulièrement favorables du moment... si d'aventure la fenêtre météo ne se referme pas sur eux...

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Ils ont donc pagayé 9 heures durant, non-stop, dont une moitié sous-voile et l'autre en profitant de beaux surfs, comme la veille. Résultat des courses, après 51 km de progression, ils sont ce soir à Vai, à quelques encablures de la pointe nord-est de la Crète. Ils ont tendu leurs hamacs entre les palmiers d'une magnifique plage... et se tiennent près pour le grand bond vers le Dodécanèse...

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Y parviendront-ils ? Vous le saurez en revenant dans une poignée d'heures sur ce blog... Hé oui, vous croyez quand même pas qu'on va tout vous dire comme ça...

Nous laissons le monastère de Kapsa au pied de son canyon juste avant de doubler le Cap Goudoura, angle Sud-Est de la Crète. Cette côte Est que nous remontons maintenant se présente comme un grand désert des Agriates.
C’est une belle matinée de navigation à la voile et au surf par vent arrière. Nous filons à 6 km/h sans pagayer et en nous amusant de plus. Les virements de bord se font tout seuls: le bateau part au surf en prenant de la vitesse ce qui a pour effet de déventer la voile et faire pivoter la bôme, et c’est reparti dans l’autre sens. Cette côte Est de la Crète est très sauvage. L’endroit a été choisi pour y “cacher” une centrale électrique au gaz.
Nous essuyons plusieurs grains. Quand le vent tourne au Nord, l’air sent soudain le maquis. Nous affalons les voiles vers midi. Nous capturons à la main un poisson qui visiblement s’est pris un coup d’hélice. Ces 2kg bien tassés nous feraient un bon repas mais il s’avère, en discutant un peu plus tard avec des pêcheurs, que c’est un tetraodon, cousin du Fugu japonais à la chair très toxique.
Vers 17h, Kassos qui est pourtant à 80 km se dessine à l’horizon. En arrivant à Vái, petite déception, la palmeraie est cloturée, il nous restera tout de même assez de palmiers sur la plage pour accrocher les hamacs.
Nous avons juste le temps de commander notre Mythos (bière grecque) au resto de la plage avant la fermeture. Les patrons encaissent et s’en vont, nous laissant seuls à la grande terrasse couverte. Nous trouvons les consommations plutôt chères puis en furetant un peu nous découvrons que la pompe à bière n’a pas été verrouillée; la suite est facile à deviner... Le dîner est frugal mais gratuit: du pain laissé dans les cuisines arrosé d’huile d’olive bio produite dans un monastère des environs.
20h: nous commençons juste à nous relaxer et savourer par anticipation la journée de repos de demain quand les prévisions SMS de Mika tombent comme un couperet: excellentes conditions demain mais ça se gâte les jours d’après. Il nous faut donc filer vers Kassos au plus vite pour la plus grande traversée du voyage: 55 km.


Jour 18 / Dimanche 17 Octobre 

Vái > Kassos
Distance: 63 km / 34 miles dont 55 km de traversée en 11h20
Vent: Sud 1 puis Sud 3

Cassos à Kassos !

Bravissimo ! Ils l'ont fait, ils ont foncé dans le tas, repoussé leurs limites, bravé les humeurs de Poséidon et la furie d'Eole tels des Ulysses modernes...



Non, ils ne sont pas encore arrivés en Turquie... mais, ce soir, ils ont tout de même fait un pas décisif vers leur objectif final ! La traversée du Stenon Kasou (le détroit de Kasos) a mauvaise presse chez les marins méditerranéens, c'est donc avec un certain soulagement et probablement libérés de quelques doutes que nos cocos envisagent l'avenir proche... Restera, d'ici peu, un ultime "gros morceau", le Stenon Karpathou (le détroit de Karpathos) qui permettra l'accès à l'île Rhodes - dans cette zone les fonds remontent brutalement de 600 ou 700 m à 100 ou 200 m, levant une mer croisée dangereuse.

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Mais à chaque jour suffit sa peine... Revenons donc sur cette journée de dimanche :
Départ au point du jour, à 5h45. Navigation non-stop jusqu'à toucher la côte sud-est de Kassos à 17h15... Soit un total de... 11h20 d'effort continu !!! 7h de coudées franches (à la pagaie) et 4h20 sous voiles... Pour une distance journalière de 63 kil !!! Ça commence à causer, ça !

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Pas dégueu non plus, la distance abattue ces 3 derniers jours : près de 175 kil... Bien vu les gars. Vous n'êtes pas venu jusque là pour vendre des cravates, alors autant envoyer la purée, hein...

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Et puis, cerises sur le gâteau (il en faut, et si possible plusieurs, car une cerise à partager en trois, ça fait pas bézef...) : les visites toujours réconfortantes - surtout quand on se trouve loin des côtes, dans une mer agitée - des puffins yelkouans (ou puffins de méditerranée), des pirouettes de thons (les fameux thons rouges ?), une bonite ratée à la pêche à la traine, et les survols acrobatiques de quelques faucons Eléonore... [petite parenthèse: cette dernières photo est extraite du superbe site www.louismariepreau.com].

Lever à 4h30 et départ à 5h45. Il a fait 18° dans la nuit, température la plus basse du séjour. Au lever du soleil, des puffins yelkouans nous tournent autour en rase motte. Impressionnant de puissance, un thon enchaîne deux longs sauts devant mon étrave, un vrai missile. Comme presque chaque jour, des poissons volants nous doublent en battant des ailes. Surprise à mon approche, une énorme tortue verte se hâte de plonger.
À la mi-journée, nous déjeunons de pain chipé la veille au resto, d’une boîte de pâté rose assez indéfinissable, d’un reste de Kefalotiri (fromage), de miel et de raisins secs détrempés à l’eau de mer. Vers 11h, on borde les voiles jusqu’à pratiquement la fin de la journée. L’on se sent vraiment marin ce jour-là: navigation tout en doigté, réglage fin de la dérive, l’œil sur le compas et la voile pour maintenir le cap, la pagaie posée sur le pont, du pilotage quoi!
La côte Sud-Est de Kassos est un enchantement avec ses falaises cyclopéennes, ses gigantesques effondrements; des centaines de faucons nichent là. PE, qui prend le temps de pêcher à la traîne en fin de journée a ferré une belle bonite qui lui échappe au dernier moment. Nous nous consolerons avec des sardines à l’huile. Nous jetons notre dévolu sur une longue plage absolument vierge de toute présence humaine. Le soleil a déjà disparu derrière les falaises mais le rocher nous restitue sa douce chaleur pendant plusieurs heures encore.   suite >